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Le Minaret
 
Au milieu du portique nord se dresse le minaret. Le géographe al Bakri l’attribue au calife ommayyade Hichem Ibn Abd al-Malik. Mais, la plupart des archéologues sont convaincus qu’elle est l’œuvre de Ziyadat Allah 1er. Ceci est corroboré par le fait que l’entrée actuelle du minaret se trouve au même niveau que le reste de la Mosquée de Ziyadat Allah, alors que des fouilles menées à la base du minaret n’ont pas révélé l’existence de structures antérieures et excluent tout rehaussement de la cour. Le hagiographe al Maliki nous rapporte que la grande mosquée de Kairouan disposait, à l’époque d’Ibrahim Ibn al Aghlab, le fondateur de l’émirat aghlabite (184-191 H / 800-807 J.C), d’un minaret qui se trouvait à l’angle sud ouest. Il est donc possible qu’il s’agit du premier minaret ommayyade, mais al-Bakri l’a confondu avec le second.
Le minaret actuel, de forme massive et de base carrée, est constitué de trois étages. Sa hauteur culmine à 31,50 m. Il était le plus élevé des minarets maghrébins. Le premier étage, haut de 18,90 m, large de 10,70m, s’amincit de la base au suivant, avec 50 cm environ de différence. Il est surmonté de créneaux arrondis qui sont d’usage, en Ifriqiya, depuis l’époque antique. Aux premières assises de blocs de pierre arrachés aux monuments antiques, succèdent des murs en moellons taillés et appareillés avec soin et percés du côté de la cour de trois fenêtres et d’une porte dont les linteaux et les piédroits sont ornés de frises en marbre sculpté qui datent de la belle époque romaine. Le deuxième étage a une hauteur de 5 m et une largeur de 7,65 m. Il est meublé, sur chacun de ses quatre côtés, de trois niches à fond plat, surmontées d’arcs outrepassés. Le troisième étage est constitué par un lanternon de 5,45 m de haut, il est coiffé d’une coupole sur trompes et côtelée. Il est probable que cette partie supérieure a été remaniée à l’époque hafside. A l’intérieur du minaret, un escalier de 129 marches, tournant autour d’un pilier central, permet d’accéder aux terrasses et au premier étage. Alors que la face sud du minaret, qui donne sur la cour, est percée de fenêtres qui éclairent et aèrent l’intérieur, les autres façades extérieures sont percées d’ouvertures en forme de meurtrières, ce qui confirme le rôle militaire assigné au minaret à côté de sa fonction ordinaire de tour pour l’appel à la prière.
Certains historiens de l’art soutiennent que des parties du minaret appartiennent à des périodes chronologiques différentes et que le troisième étage fut complètement ajusté à l’époque Hafside ; en arguant le fait qu'Al Bakri, dans sa description de ce minaret, lui assigne 25 coudées de large, soit 10,50 m, ce qui est la largeur moyenne du minaret actuel, par contre, il lui attribue 60 coudées de hauteur soit 25,20 m, ce qui est en deçà de la hauteur actuelle du minaret et coïncide avec celle du deuxième étage. Or, s’il s’avère que le lanterneau a été effectivement remanié sous les Hafsides. Le minaret de la Grande Mosquée de Kairouan offre une grande homogénéité des structures et on peut penser qu’il a été bâti d’un seul jet. D’ailleurs, le minaret de la Grande Mosquée de Sfax, qui suit le modèle kairouanais, compte trois étages aussi et présente le même profil que celui du minaret de Kairouan ; il n’en diffère que par son décor relativement tardif. D’autre part, al Bakri n’a jamais été précis dans sa description des monuments de l’Ifriqiya, pays qu’il n’a même pas visité. On peut aussi penser à une faute du copiste qui a transcrit soixante au lieu de soixante-dix.
La plupart des auteurs s’accordent à rapprocher le minaret de Kairouan des minarets ommayyades de Syrie, héritiers des tours clochers des églises chrétiennes. Sa forme nous rappelle le minaret de Ramla et la tour du cheikh Ali Kasim, prés de Hama, construits au VIIIè s. Néanmoins, le minaret de Kairouan présente de grandes analogies avec certains phares romains, comme l’atteste la représentation du phare du port de Selectum sur une mosaïque retrouvée à Ostie. Le minaret de Kairouan qui était le plus haut minaret maghrébin de son époque avant la construction du minaret de la grande mosquée des kutbiyya de Marrakech, atteste d’une façon irréfutable le choix de l’architecture ifriqiyenne du minaret à base carrée sur le compte du minaret cylindrique, apparu à l’époque abbasside, aux ribats de Monastir et de Sousse, et à al-Abbassiyya, la première capitale aghlabite, en 185 H / 901 J.C. Le minaret de Kairouan servira de modèle à maints autres minarets nord africains et andalous, à l’exemple de ceux de Sfax, Tlemcen et Séville. Certains l’imitèrent même dans le choix de son emplacement axial dans le mur nord de l’enceinte de la Grande Mosquée. Mais, même si le minaret de Kairouan apparaît austère et doté d’une ornementation moins fastidieuse que d’autres minarets maghrébins, il s’en distingue par son allure harmonieuse et sa majesté saisissante qui produit une puissante et mystérieuse impression.
   
       
   
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