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La coupole du Mihrab
 
Elle est, sans doute, la plus ancienne et la plus somptueuse des coupoles sur trompes de l’art musulman. Elle domine les terrasses de sa masse élégante et robuste. Source de lumière, elle transmet la prière vers d’autres cieux. Techniquement, cette coupole sur trompes en coquilles est constituée de trois parties. A l’intérieur, on distingue une base carrée dont les trois faces (est, nord, ouest) sont formées par trois arcs enjambant les nefs de la salle de prière ; la face sud coïncide avec la large arcature qui entoure le cadre du Mihrab. Ses quatre faces se terminent par une écriture Koufique peinte et une frise ornée d’un décor floral. Elle surmonte la zone intermédiaire qui est flanquée, aux angles de sa partie basse, de quatre trompes en forme de coquilles, sortes de demi-coupoles dont les cannelures sont découpées en lobes circulaires. Cette zone de plan octogonal se compose de huit arcatures en plein cintre qui reposent sur des colonnettes engagées. Les quatre arcatures qui se trouvent au milieu des quatre faces sont percées d’oculi lobés à claustra. L’ensemble surmonte un tambour circulaire percé de huit fenêtres entre lesquelles s’intercalent seize niches groupées par deux. Leurs panneaux, en pierre sculptée, offrent une grande variété de décors floraux et géométriques qui semblent résumer tout le répertoire décoratif aghlabite : coquilles, arcs polylobés, rosaces, feuilles de vigne stylisées s’inspirent des modèles abbassides et surtout omayyades de Syrie qui semblent acquérir à Kairouan toute leur maturité esthétique. Sur ce tambour circulaire repose la calotte hémisphérique creusée de vingt quatre cannelures concaves, rayonnant autour de la clef de la coupole.

Extérieurement, celle-ci est aussi formée de trois parties superposées mais qui ne coïncident pas exactement avec celles de la coupole de l’intérieur. Les trois façades (sud, est, ouest) de la base carrée sont ornées de cinq niches à fond plat surmontées de cinq arcs appareillés en plein cintre surhaussés ; celui du centre surmonte une ouverture en oculus à six lobes inscrits dans un cercle. La face nord est nue et défoncée par une fenêtre. La zone du tambour intermédiaire est formée par un octogone à cinq faces concaves, qui sont meublées, au centre, d’une fenêtre rectangulaire ; elle est surmontée d’un dôme côtelé à vingt quatre godrons.
Il est difficile de déterminer les origines de ce type de coupole. L’Afrique byzantine a pratiqué les coupoles sur trompes et on peut être tenté de la considérer parmi les traditions locales qui ont pu survivre à la conquête musulmane ; néanmoins, cette coupole présente aussi des analogies certaines avec la coupole as-Sulaibiyya à Samarra, en Irak. Plusieurs de ses détails, très caractéristiques, attestent, dans l’édifice kairouanais, des influences mésopotamiennes directes. Outre la trompe, très représentée dans l’architecture perse, à l’exemple des coupoles sassanides de Sarvistan, les défoncements en niches plates ou en cul–de four semblent avoir été familières aux constructeurs des châteaux et mosquées abbassides, à Qasr al-Achiq et à Ukhaijdhar ou à Samarra. Un fait est sûr, l’architecture ifriqiyyenne optera presque en exclusivité pour ce prototype de coupoles sur trompes qui va sévir pendant plus de mille ans et constituera un des éléments de l’unité de l’architecture musulmane tunisienne, à travers les âges. La coupole du Mihrab de la grande mosquée de Kairouan servira de modèle pour les autres coupoles ifriqiyennes, à l’exemple de la coupole du Mihrab de la Grande Mosquée de Sousse (237H/851) et celle du Mihrab de la Mosquée Zaytouna à Tunis (250h/864). Ce type de coupole subira une évolution, à partir du XIème s. où on voit apparaître des coupoles posées sur tambour cylindrique, mais, le modèle kairouanais, à trois zones superposées bien distinctes, se perpétuera dans plusieurs monuments, à l’exemple de la coupole du Bahou à la mosquée Zaytouna (381H/991) et la coupole Sidi Boukhrissan et la coupole de la Mosquée at-Tawfiq, à Tunis (648h/1250).
   
       
   
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